Etincelles
J’aime ces rencontres accidentelles, imprévues, qui mettent en lumière soudain une structure pré-existante à laquelle nous n’avions pas prêté attention : des instants qui font sens, qui s’imposent à nous comme pour nous rappeler que, parfois, les coïncidences s’inscrivent dans des schémas plus vastes. Oh ! Aucun mysticisme ici, la maison n’est pas du genre “les voies du Seigneur”, plutôt d’un anti-cléricalisme assez voltairien à défaut d’être désinvolte. Ma dernière rencontre dans cette série date d’hier soir.
Poussé par mon amie F., j’ai décidé de l’accompagner à l’évènement StarLab organisé par la galerie Paule Friedland & Alexandre Rivault, sans trop savoir à quoi m’attendre. Et là, eh bien là, j’ai eu l’une des grandes surprises de ma vie !
Dans la pénombre, les étranges sculptures de Laurent Bolognini se sont progressivement animées et ont tracé dans l’air leurs dessins lumineux, débordant peu à peu de leurs supports. Poésie immense de ces mécaniques simples, quelques moteurs, trois ou quatre ampoules, qui génèrent une combinatoire impossible à appréhender. Sphinx lumineux nous posant des énigmes insolites - comment un objet qui tourne autour d’un axe peut-il dessiner un triangle ?
Alors que Laurent Bolognini commande ses étranges automates depuis une console, afin de les faire danser sur un mix electro live, les variations de vitesse et d’intensité lumineuse me plongent dans un état de rêverie profond. Les mécanismes disparaissent pour laisser place à des archétypes, à des sphères platoniciennes qui recréent des émotions intenses, primitives.
Les étincelles qui montaient dans le conduit noir de la cheminée de la chaumière, chez ma grand-mère ; les baguettes de bois que je posais sur les flammes de l’âtre, en montagne, afin d’en agiter la braise incandescente dans la nuit, traçant de nouvelles constellations dans le ciel nocturne ; vertige de l’immensément petit, tandis que j’assiste à la danse des particules dans la soupe primitive, ou au dernier souffle d’un soleil mourant ; magie de la calligraphie, tandis qu’un moine dessine sur les murs, d’un épais pinceau, des idéogrammes qui dégouttent encore de lumière, comme sur ces carnets japonais que j’affectionne tant.
Étoiles filantes, météores, comètes, spermatozoïdes se fusionnant dans un ovule, mouvements browniens paradoxaux, les machines célèbrent les mystères antiques, répondent au feux de Beltane et à ceux de la Saint-Jean, elles emplissent la galerie de sens. Jonglant entre signes et signifiants, entre mémoire du monde et robots de demain, ces automates merveilleux créés par Laurent Bolognini sont des machines à faire du sens à partir du vide.
Et ils comblent tout naturellement, avec une élégance inouïe et désinvolte un vide que je m’apprêtais à laisser dans le Silence des Arcanes. Merci Laurent !
Photo Michel Dubois






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