Le plastique, c’est fantastique …
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Vous vous souvenez de vos cours de géographie ? Quand il fallait donner le nombre de continents, et les énumérer ? C’était une question piège, puisque, au fur et à mesure que nous changions de classe, le monde devenait plus complexe, l’Amérique se découpait en deux, ou bien de nouveaux territoires apparaissaient subitement : je me souviens de ma surprise lorsque je découvris que les glaces de l’Antarctique cachaient un territoire de près de treize millions de kilomètres carrés, plus grand que l’Europe… Eh bien, sur l’échelle de la stupéfaction, dont le nombre de degrés varie selon la sensibilité de chacun, je viens de franchir un pallier en découvrant qu’était apparu un nouveau continent… Peut-être deux ! Explications.
Fin 2006, Greenpeace a découvert dans le Pacifique, et plus précisément entre Hawaii et la Californie, une vaste plaque de déchets s’étendant sur 600.000 km², quasiment la taille de la France. L’organisation explique cette concentration de déchets flottants (essentiellement du plastique sous de multiples formes) par les courants marins et les vents : le Vortex Pacifique est né sous nos yeux éberlués, une soupe dense de micro-déchets non dégradables, créés par les frottements, les réactions chimiques et les ultra-violets, une bouillie industrielle stagnante, double industriel de la mer des Sargasses dans l’Atlantique.
Bien évidemment, l’immense majorité de ces déchets viennent des terres, tout comme les polluants persistants, vous savez, ces molécules indestructibles qui pénétrent la chaîne alimentaire à un niveau quelconque et que l’on retrouve dans tous les organismes vivants : ours blancs empoisonnés au mercure, aigles américains gavés de DDT, ou, plus prosaïquement députés européens (autant dire vous ou moi) gorgés de phtalates et autres joyeusetés. Le haut de la pyramide récupère et concentre les saloperies envoyées par ses soins dans la nature, juste retour des choses finalement. Et ne croyez pas que le régime alimentaire change quelque chose, produits laitiers, poissons, viandes, céréales ou légumes verts, tous touchés…
Tenez, cet hiver, tandis que je me promenais dans l’altiplano andin, j’ai eu l’idée d’aller visiter le parc national de Lauca, à la frontière chilo-bolivienne. Le parc s’étend dans un paysage féérique, au pied du volcan Parinacota. Lacs aux eaux bleu profond, lamas et vigognes paissant tranquillement, flamants roses ratissant les lagunes au milieu des foulques et des oies sauvages. 4.600 mètres d’altitude, tout de même, on s’attend à ce que la pollution soit restée quelques milliers de mètres plus bas, avec les nuages de particules issues des industries minières.
Que nenni, la route d’accès au parc et la seule qui relie directement le nord du Chili (et donc la mer) aux zones développées de la Bolivie, et en particulier à La Paz. Défilé incessant de poids lourds chargés à ras bord, de camions-citernes assurant le ravitaillement en carburant, de bétonnières… La route est un immense embouteillage, impossible d’ouvrir la fenêtre de son véhicule sous peine d’asphixie au diesel. Et de chaque côté, une décharge à ciel ouvert : toutes les marques de l’agro-alimentaire mondial affichent leurs logos pâlis par le soleil sur les emballages de plastique ou d’aluminium, canettes, bouteilles, sacs, films plastiques, lunettes, brosses à dents, mobilier en plastique…
Comme la route est particulièrement dangereuse, les accidents sont nombreux. La coutume locale veut qu’on dresse un petit calvaire sur les lieux du drame : la litanie monotone des déchets se rompt ainsi parfois d’un curieux autel, aux croix faites de plaques minéralogiques, ornés de fleurs… en plastique. Raccourci terrible que ces tombes au milieu de la décharge !
Terrifiant, désolant, affligeant. Les foulques bâtissent leurs nids en utilisant les sacs en plastiques, les flamants pêchent au milieu des emballages et des bouteilles vides. Et, dans les villages du sud du Pérou, jusqu’au lac Titicaca, les déchets attendent une décomposition aléatoire autour des points d’eau et des réserves d’irrigation.
Même là où il n’y a personne, où nous ne faisons que passer, nous transformons la planète en une immense décharge. Il paraît que des expéditions de sherpas vont nettoyer l’Everest de temps à autre…
Bon sang, quel est le crétin qui a dit : “le plastique c’est fantastique” ?





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