Des Pins, du Vent, du Poussin

Allez, un petit dernier pour la route, histoire de regretter, en regardant le ciel gris et pluvieux de Paris, les journées ensoleillées de la Nouvelle-Calédonie et les lagons turquoise…

Arrivée à Nouméa à minuit, 50 kilomètres de bus de l’aéroport de Tontouta au centre-ville, je suis déposé comme un gros paquet endormi (c’est l’effet Sydney) au pied de l’hôtel Ibis vers 1 heure du mat’. Le contact avec le veilleur de nuit n’est pas évident, je change d’une chambre pourrie avec des cafards à une autre chambre pourrie, avec fuite d’eau siouplaît, donnant sur la bruyante circulation nocturne de la baie des Citrons.

Quelques heures plus tard, on toque à la porte, et j’ai -comment qu’on dit déjà ?- une sorte de pressentiment. Et oui, c’est Poussin, tout juste éclos de son 747, quelque 24 heures de vol dans les pattes, la tignasse tout ébouriffée… Je saute la suite, qui ne regarde que nous deux.

Quelques heures plus tard, check-out laborieux auprès de deux mamies wallisiennes et encotonnées, direction le Méridien Nouméa, un autre standing -plus digne de Poussin. Premier contact avec les eaux bleu lagon et les plages de sable blanc, de toute façon la Nouvelle-Calédonie c’est pas difficile, c’est un immense lagon, le plus grand du monde paraît-il. La barrière de corail fait tout le tour de la côte ouest, sur quelque 500 kilomètres… et il n’y a pratiquement personne.

Le site de Nouméa est incroyable, c’est une ville moche et très étendue pour moins de 100.000 habitants, occupant la totalité d’une péninsule extrêmement découpée, avec des baies, des anses, des collines, des petites montagnes, des marécages… Retrouvailles avec Denis, perdu de vue depuis quelques années à Paris, son copain Sacco (qui n’est pas italien mais futunien), Barbara et sa petite famille…

L’organisation du séjour dans les îles est fin prête, le centre Jean-Marie Tjibaou (vous savez, les grandes huttes canaques en bois, tout effrangées) visité -et apprécié plus pour son architecture que pour son contenu-, on trouve même le temps de faire un peu de vélo entre deux baignades.

Et c’est le départ pour l’île des Pins. De quoi oublier tout ce qu’on imagine des îles du Pacifique… Petites criques bordées de falaises basses, l’eau est cristalline, turquoise, verte, bleue, la barrière de corail mousse à quelques kilomètres de la plage, et partout, les grands pins colonnaires dressent leur tête échevelée, comme de grands totems primitifs.

Notre petit bungalow au Méridien pousse au farniente, mais, toujours vaillants et le coeur plein d’entrain, nous partons faire du canoé dans la magnifique baie d’Oro.

Au moment où on se met en tête de se baigner un petit coup, Francis identifie un aileron suspect, dépassant de l’eau étale de 20 à 25 centimètres, genre squale potentiel. Effectivement, ça ne ressemble pas à un dauphin, et nous confirmerons plus tard, au club de plongée, que c’était bien un requin gris, pas de quoi s’inquiéter ici, les attaques de requin sont extrêmement rares (quoiqu’impressionnantes, un pote médecin de Barbara a fait une thèse dessus, et les photos étaient carrément gore).

Le lendemain, ballade en pirogue à balancier sur la baie d’Upi, sous un magnifique soleil. Des champignons basaltiques recouverts de végétation parsèment la baie, et lui donnent un semblant de ressemblance avec la baie d’Along. Petite ballade dans la jungle locale, jusqu’à la piscine naturelle, un trou d’eau communiquant avec la mer, bordé de pins, et gavé de poissons de toutes les couleurs, de toutes les formes, attirés par l’orange et le bleu de nos maillots de bain ou tout simplement par une grande curiosité. Poissons lippus, boudeurs, petits néons bleus ou mauves, poissons anges rayés, chirurgiens, coffres, brouteurs en tout genre, ici c’est mieux qu’à Monaco, on peut se baigner dans les aquariums…

Déjeuner orgiaque de langoustes juste grillées comme il faut, dans un petit boui-boui au bord de la plage, à l’ombre des filaos… Poussin revit, ce sont des vacances bien reposantes comme il les aime. D’ailleurs une petite sieste au soleil, histoire de finir aussi rouge que le repas de midi, ce sera idéal avant l’apéro…

Comme vous le devinez aisément, l’île des Pins n’est pas une destination trop fatigante – par contre c’est juste incontournable quand on est dans le coin…

Nous enchaînons les vols Air Calédonie pour atterir à Lifou, l’une des îles Loyauté, sur la côte est. Première nuit dans une tribu canaque, au Faré Falaises (au début je croyais que c’était Phares et Falaises, suis-je bête). La case est plus que sommaire, même si la vue, de la petite terrasse en bois qui surplombe la falaise, est magnifique. Nous finissons par nous endormir sous notre moustiquaire trouée, enduits d’anti-moustique, faut dire que la dengue tue pas mal en Nouvelle-Calédonie, même si on le dit pas trop, rapport aux touristes. Huit morts déclarés depuis le début de l’année à Nouméa même, c’est autant que les requins sur toute l’île depuis 1945 !

Nous enchaînons les ballades, visite des vanilleraies de l’île, où la pollinisation des fleurs se fait à la main vu que les abeilles sont en grève (et merde, c’est à ça que je vois que je suis déjà rentré) et qu’il n’y a pas de colibris, opération compliquée vu que la fleur a une durée de vie de quelques heures. Les plantations sont superbes, les lianes s’enroulent autour des arbres et des tuteurs, les gousses vertes pendent comme des gros haricots, des orchidées en fleur parsèment les plantations.

Nous passons notre baptême de plongée au Lifou Fun Dive, où deux « garis » marseillais avec des dreadlocks et des tatouages se remettent difficilement d’un mariage coutumier. Dans le coin, les mecs sont encore un peu embrumés à l’alcool et au kava, cet anti-stress naturel vendu en bars, mais que la métropole refuse obstinément d’autoriser en Europe. Mais dès qu’on a les bouteilles sur le dos, nos deux kakous redeviennent pros, et nous descendrons à 8-9 mètres, au milieu des gorgones, des napoléons, des carangues (des gros thons, quoi !), dans des essaims de poissons coralliens qui nous font oublier le stress respiratoire et les oreilles qui se bouchent… Nous rampons sur le fond jusqu’à approcher un requin à pointes blanches à 50 centimètres, de quoi bien voir son oeil gris, comme une petite bille d’acier, et ses dents…

Nouvelles plongées avec masque et tuba dans les magnifiques aquariums naturels d’Esao, mais nous ne verrons ni tortue, ni raie manta, ni tricot rayé (ces serpents de mer qui peuplent les côtes calédoniennes). Les plages de sable blanc de Peng abritent nos châteaux de sable dans des petites anses protégées, sous les cocotiers. Le temps passe bien vite ici, il faut dire que la nuit tombe à six heures…

Le vent souffle en permanence, les nuages défilent au dessus de nous comme dans un générique de Jarmush, la mer est un caméléon qui passe du gris au vert, du brillant à l’ardoise, des petits grains nous inondent et le soleil nous sèche quelques minutes plus tard.

Autre journée plage à Ouvéa, une autre des îles Loyauté, où nous assistons au spectacle « live » du cycle alimentaire : un banc serré d’un bon millier de petites sardines s’abrite des courants au bord de la plage, dans un petit recoin de sable et de rochers. En contrebas du banc de sable, une dizaine de grosses carangues attendent tranquillement, puis passent au libre-service : attaque frontale, les carangues sautent la bouche ouverte, les sardines frétillent, se jettent hors de l’eau pour éviter les aspirateurs à bouffe, le bruit est infernal, puis tout redevient normal jusqu’au raid suivant…

Il faut dire qu’ici, la mer réserve des surprises sans fin, et nous aurons droit, au cours des soirées avec Barbara ou Denis, à des histoires étonnantes, comme celle du plongeur aspiré jusqu’aux épaules par une Mère Loche (un énorme mérou qui vit dans les grottes sous-marines), ou de la nageuse qui voit un tricot rayé nager vers elle et attaquer son propre reflet dans le verre de son masque de plongée… Ici, c’est Marseille sous les Tropiques, l’exotisme et l’exagération combinés pour le meilleur, aidés par les productions locales d’herbe et de kava… Des conteurs nés !

Notre séjour en Calédonie se termine sans que nous n’ayons vraiment visité la Grande Terre, et il nous faudra donc revenir pour les longues ballades à cheval dans les montagnes et la brousse caldoche, les circuits de montagne permettant de dominer le lagon calédonien, les étranges formations rocheuses et végétales de la côte Est…

Ce sera pour une autre fois, un autre voyage, et peut-être un autre récit… Pour le moment la boucle est bouclée, tout est dit, et je vous tire ma révérence.

~ par ThC le 1 mars 2007.

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