Les nouveaux vampires

Ile des Pins, Nouvelle Calédonie, ThC

Il va falloir s’y faire, nous sommes arrivés au bout du rouleau. Le modèle développé par notre société occidentale depuis l’âge industriel touche à sa fin : c’est le syndrome du bébé Lotus, vous vous en souvenez ? Eh bien il a fini de déforester la planète pour se torcher. Oh, bien sûr, il ne faut pas en parler, tout le monde est au courant mais personne ne veut tirer la sonnette d’alarme… On préfère nous y habituer gentiment, à coups de petits communiqués, de mini-crises… Le pétrole, bien sûr, il augmente de plus en plus, oui ce sera bientôt la fin. Mais quand ? 2015 ? 2020 ? Avant ? Qui sucera les dernières gouttes dans les veines de notre planète ? Qui jouera le rôle du vampire ultime ?

Arrêtons de nous voiler la face : la Terre est exsangue. Et des milliards de gens, en Chine, en Inde, au Brésil, en Indonésie, en Afrique n’ont qu’un rêve, aligner leur niveau de vie sur le nôtre, consommer autant de matières premières, d’eau, d’énergie… A Beijing, alors que seul un petit pourcentage de la population dispose d’une voiture, la circulation est infernale, la pollution est telle qu’en plein après-midi, les voitures allument leurs phares pour naviguer dans un smog terrifiant, qui brûle la gorge et les poumons, fait pleurer les yeux et le coeur.

C’est la fin du monde, la fin du modèle, mais, à défaut d’alternative, mieux vaut l’ignorer, ne pas semer la panique. La hausse du prix des matières premières continue pour le plus grand bonheur des industriels. La production ne suit plus pour satisfaire les enfants-ogres, qui crient “A nous, à nous, nous voulons notre part !”. Cuivre, métaux rares, gaz, eau, il faut désormais aller les chercher plus loin, plus profondément. Et comme ils valent plus cher, eh bien peu importe les dommages collatéraux : le bilan économique, argumentation suprême de notre économie, sera forcément favorable…

Loin de moi l’idée de faire de l’activisme. Tenir la chronique d’une mort annoncée, enregistrer les victoires des nouveaux vampires, correspond davantage à mon tempérament contemplatif. Certains s’agitent, luttent, mettent des bâtons dans les roues. Je les admire. Combat voué à l’échec ? Mon pessimisme naturel me dit que oui, et il me semble, plus que jamais, que la Fin du Monde se rapproche. Nous crèverons tous sur une planète éventrée, dévorée par ses propres enfants.

Deux affaires qui, en ce moment, me parlent plus que d’autres, parce que j’ai traîné mes guêtres dans ces cointrées lointaines, si loin de nos écrans de télévision et des caméras des journalistes :

- À la frontière argentino-chilienne, un projet minier menace l’environnement fragile des Andes, en détruisant les réserves d’eau potable des glaciers et en contaminant l’éco-système : tous les détails de l’histoire glauque du site de Pascua Lama vous attendent (avec d’autres histoires tristes) sur l’excellent blog Eau et Or ; un bien beau nom, plein de références mythologiques au griffon hyperboréen et à la Toison d’Or, pour une réalité sinistre.

- Un quart des réserves mondiales de nickel se trouvent en Nouvelle-Calédonie ; dans le nord de l’île, les paysages ont été dévastés par les anciennes mines de chrome et de nickel, car l’exploitation de ces minerais suppose de racler la terre en surface, accélerant le ravinement et l’érosion ; la traversée du site de Goro Nickel, au sud, est un cauchemar industriel, et menace le plus grand lagon corallien du monde, comme nous l’expliquent certaines organisations. En revanche, pour connaître les effets sur la santé d’une usine de nickel au coeur de Nouméa, vous devrez attendre, officiellement tout se passe bien.

Chose intéressante, dans les deux cas, les sites concernés étaient inscrits (ou devaient être inscrits) sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité. Avec le peu de résultats que l’on voit. C’est la même chose en Alaska, avec l’autorisation donnée par le gouvernement Bush aux compagnies pétrolières de prospecter (et à terme de miner) dans les réserves naturelles du territoire. Les nouveaux vampires ont les dents aiguisées, et ils ont soif.

La bonne nouvelle, c’est que ce seront les derniers prédateurs. La mauvaise, c’est qu’ils nous emporteront avec eux.

Et surtout, surtout, ne croyez pas les vieilles légendes : les balles en argent, ils adorent ça.

 

~ par ThC le 16 janvier 2006.

Une réponse to “Les nouveaux vampires”

  1. “Et pourtant, pourtant” ils seront bientôt là ces “chants des arcanes”, mystérieux et envoûtants, je les attends avec impatience et excitation!! Quelle mise en bouche!!
    Mais SI, le monde est rose, sinon le noir n’existerait pas et je ne pourrais pas lire ce roman qui s’annonce fantastiiiique!!! THC, “reviengues” encore…vite!!
    Pourvu que la fin du monde n’arrive pas avant le 9 Mars….!
    Françoise

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